A ce sujet, j’entends bien ici le discours qui consiste à tirer la sonnette d’alarme sur les futures capacités financières de notre collectivité, sur les incertitudes croissantes en matière de recettes budgétaires qu’ elles soient fiscales, avec la suppression de la taxe professionnelle, ou lorsqu'il s'agit des compensations de l'Etat jamais à la hauteur des promesses. Nous mesurons tous les difficultés dans laquelle est placée notre collectivité pour connaître ses propres perspectives en terme de recettes pour l'année à venir. Mais tout en partageant pleinement cette inquiétude, nous faisons le constat que le même discours est porté par les Présidents de collectivités gérées par la droite, Conseil généraux en tête. Alors, cette critique est-elle suffisante pour faire face aux desseins du gouvernement pour notre collectivité ? Est-elle à la hauteur de l’enjeu qui se dessine ? Non. Car ce qui se joue dans les mois à venir, pour notre République, pour la vie de nos concitoyens, ce n’est pas une simple question de robinet ! Ce n’est pas un simple problème d’arithmétique financière ! Non, c’est profondément une question de démocratie. Car à droite, à grands renforts de discours démagogiques et simplistes, on ne porte qu’un seul objectif, celui de passer la démocratie sous la hache de l’intérêt capitaliste.

Mes chers collègues, le Président de la République, ses dévoués ministres et ses bons soldats parlementaires sont entrés en guerre contre plus de deux siècles de construction démocratique. Ils s’attaquent à l’esprit et à l’histoire de notre République. Ils s'attaquent aux fondements de notre citoyenneté. Le premier acte de ce conflit leur commande de monter les collectivités les unes contre les autres, pour servir un discours populiste sur la nécessaire simplification. Il en va ainsi de la volonté de fondre les départements et les régions dans un même moule pour mieux les asservir, et de mettre en place un mode de scrutin uninominal à un seul tour dans le but de renforcer le bipartisme. Il s’agit aussi d’éloigner le plus possible les élus des citoyens, de n’en faire que des techniciens de la politique avec le mandat de conseiller territorial. De même qu’en remettant en cause la compétence générale des collectivités, c’est un coup dur à la politique d’aménagement des territoires qui est porté. Quand on sait que près de 75% des investissements publics sont faits par les collectivités locales, qu’en sera-t-il demain ? aujourd’hui grands nombres de projets portés par les communes et les communautés de communes ne voient le jour que grâce à l’apport des départements et de la région.

Sur ce sujet épineux, Monsieur le Préfet de Région, en campagne électorale semble-t-il, m’a paru bien embarrassé lors de l’inauguration du conservatoire de Montluçon il y a quelques jours, alors qu’il venait d’être interpellé par Monsieur le Président du CG de l’Allier et vous-même Monsieur le Président.

Je me permets une parenthèse, en réaction à M. MALHURET, vous avez confié la gestion des routes aux départements, vous militez pour la fin de clause de compétence générale des collectivités et, en campagne électorale, vous demandez d’intervenir sur les routes aujourd’hui en abondant le PDMI, sur le TGV demain, je n’en doute pas !

Nous voyons bien que la démagogie et l’hypocrisie sont les valeurs les mieux partagées par les bancs de la droite, du haut de l’Elysée comme dans notre assemblée quand on entend l’inventaire à la Prévert de M. MALHURET. Le second acte du conflit vise plus directement la colonne vertébrale de la démocratie locale : la commune. Car quelle autre collectivité symbolise le mieux la relation de proximité avec les citoyens que la commune ? N’est ce pas d’abord là que s’érigent les consciences, que se forgent les citoyennetés, et que se construisent les résistances ? Oui, en s’attaquant aux communes et à leurs représentants, on cherche d’abord à couper la respiration démocratique de notre pays. Cette réforme, c’est aussi, je le dis avec solennité en pensant aux personnels de la Région qui ont accompli pendant six ans un travail remarquable au sein des services du siège, comme dans les établissements scolaires, un gigantesque plan de licenciement qu’on leur promet en guise de remerciements. N’oublions pas qu’1,6 millions d’hommes et de femmes sont chaque jour au service des citoyens et de l’intérêt général dans nos différentes collectivités. Pour un gouvernement qui entend servir les plus riches et leurs intérêts privés, ce dévouement désintéressé pour la chose publique est devenu insupportable. L’objectif à peine caché de la droite est donc de supprimer la moitié de ces salariés dans les années à venir. Notre collectivité régionale paiera comme les autres le prix de la hache sarkozyste. Face au massacre qui se prépare, nous devons tous entrer en résistance. La réforme des collectivités territoriales ne concerne pas que les élus, elle concerne tous les citoyens, tous les fonctionnaires territoriaux. Elle nécessite d’abord de mener une grande campagne d’explication auprès des citoyens, et de mener une bataille de grande ampleur pour repousser les projets gouvernementaux. Ne rendons pas les armes face à une droite si fière d'avancer contre l'intérêt de tous.

Malgré cela, dans le cadre de notre débat budgétaire, nous allons proposer de poursuivre nos efforts engagés depuis cinq ans. A l'heure des bilans, et face à une politique nationale et européenne qui précipite tous les territoires dans l'impasse sociale, économique, et environnementale, les conseillers régionaux communistes, républicains et du Parti de Gauche peuvent s'appuyer sur des propositions utiles aux auvergnats, qu'ils ont su faire vivre dans le cadre de leur mandat régional. Ainsi, dans le domaine économique, alors que tout le monde voit aujourd'hui l'immense gâchis bancaire consécutif à la crise financière, n'était-il pas bienvenue de mettre en place un dispositif comme le Fonds Régional pour l'Emploi ? Ce programme malheureusement remis en cause aujourd’hui, visait juste. Il permettait d'assurer une véritable réponse financière au tissu de PME-PMI auvergnates, en servant de garantie ou de bonification à l'emprunt bancaire. Ce programme n'avait d'autre but que de forcer les banques à jouer leur rôle premier : le financement de l'économie. Ce rôle d'appui de la collectivité, couplée à une conditionnalité en terme d'emplois, a permis de créer un véritable effet de levier sur les encours de prêts bancaires à destination des entreprises qui en avaient le plus besoin. A rebours de cette orientation fondamentale, les programmes d'aides aux entreprises mis en œuvre après 2006 procèdent d'une toute autre logique, en faisant porter à la collectivité un rôle de banquier qui n'est pas le sien. A l'heure où les banques rivalisent d'indécence en spéculant avec l'argent public, en affichant des profits records tous droits issues des actifs financiers, cette orientation n'est à notre sens pas justifiable. Plutôt que de les encourager à jouer au Monopoly à Dubaï, mieux vaudrait les pousser à investir dans le tissu économique auvergnat ! Nous aurons l'occasion d'y revenir dans le cadre du débat sur les rapports de la session, notamment en demandant à travers un amendement qu'une véritable évaluation du FRE soit conduite dans les mois à venir. Dans le domaine des transports d'intérêt régional, notre groupe se félicite d’avoir participé à deux actions d'envergure pour la rénovation du réseau ferré auvergnat et pour le renouvellement de la convention avec la SNCF.

Alors que la Cour des Comptes, en toute indépendance bien sur, vient de rendre un rapport à charge sur la gestion des TER par les régions, ne soyons pas dupes d'une petite manœuvre politicienne à quelques mois des régionales. Car dans ce domaine les élus régionaux n'ont pas à rougir de leur action au service des habitants. Mais pour l'Etat, évidemment c'est un échec.  Car il souhaite par dessus livrer au privé ce service public. C'est tout l'objet de la loi de régulation ferroviaire adoptée récemment. Mais il reste un hic, c'est la capacité des régions à se battre pour le maintien de la SNCF.

Nous avons adopté cette année la convention ferroviaire. Notre Groupe, très dubitatif sur son contenu, s’était abstenu. Vous aviez, Monsieur le Président, accepté notre proposition qui consistait à exiger de la SNCF un état des lieux des horaires d’ouverture des gares, du personnel en gare et dans les trains. Nous réitérons cette demande, depuis quelques mois, tout est mis en œuvre par la SNCF pour réduire les plages d’ouvertures de nombreux guichets et l’accueil des usagers. C’est inacceptable et en complet décalage avec nos orientations. Un simple coup d'œil sur les performances des opérateurs fret de proximité lancés dans certaines régions - comme le véritable flop de PROXIRAIL en Région Centre - doit nous inciter à persévérer dans la voie de la raison, à nous opposer fermement à toute libéralisation des services publics. Avec ces deux exemples, nous voyons combien les régions peuvent être des lieux d'expérimentation efficaces et novateurs pour changer la société. Face à l'ampleur des dégâts sociaux que nous connaissons, nul doute que des régions de gauche devront dans les années qui viennent porter bien au-delà de ce qu'elles ont fait, l'expérience de politiques résolument transformatrices. Ce sera tout le sens de l'engagement des conseillers régionaux communistes et du Parti de Gauche lors des prochaines échéances électorales. Je ne peux terminer cette intervention sans revenir quelques secondes sur les enjeux qui se dessinent pour l'humanité à Copenhague en ce moment même. Des arbitrages qui en sortiront et des outils qui seront choisis pour réduire efficacement les émissions de gaz à effet de serre dépendent notre capacité à atténuer le réchauffement global de la planète. Vue sous le prisme idéologique libéral, la résolution du problème climatique et des questions environnementales est systématiquement renvoyée à la seule responsabilité individuelle. Or, il faut clairement s’élever contre cette approche individualiste, qui privilégie toujours l’ajustement de court terme et à moindre coût, le rapport de domination et la spéculation, car le système capitaliste recherche toujours la maximisation du profit pour ceux qui détiennent les moyens de production et les capitaux. Les libéraux tentent, une fois encore après Kyoto, d'imposer leur conception d'un marché de droits à polluer autorégulateur. Nous voyons dans quel état ce type de conception passéiste a conduit l'économie mondiale. Nous pensons au contraire qu'il convient de porter dans ces négociations, comme dans nos régions, d'autres façon de faire, en s’appuyant sur des valeurs fortes comme la gestion partagée des ressources naturelles et du bien commun, l’extension des services publics afin de répondre durablement aux besoins fondamentaux notamment dans le domaine de l’énergie, l’intervention salariée dans les moyens de production, seuls à même de sortir l'économie du court terme dévastateur pour l'environnement.